Crise sanitaire : quel impact sur le Green Deal?

Alors que la crise sanitaire semble amorcer une nouvelle crise économique, des députés européens, ministres, PDGs et syndicats ont conjointement signé une tribune, “L’alliance pour une relance verte”, appelant l’Union européenne à respecter ses engagements en faveur d’une transition écologique. Frans Timmermans, le Commissaire en charge du Green Deal, a alors assuré que chaque euro dépensé dans les plans européens de reconstruction économique devra être en adéquation avec les objectifs d’une transition verte et digitale. Mais en pratique, il est difficile d’affirmer à ce jour que la crise sanitaire que vit l’Europe n’aura pas d’effet négatif sur les ambitions “vertes” de l’Union européenne. La question est plutôt : quels effets aura-t-elle ? 

Les ambitions du Green Deal : la volonté politique suffira-t-elle à contrer les difficultés économiques ? 

Cela n’est pas un secret, la crise sanitaire que nous subissons aujourd’hui aura certes des conséquences humaines épouvantables, mais aussi des conséquences économiques désastreuses. La Commission européenne ayant prédit une récession historique de 7.75% de l’Union européenne, comment, dans un tel climat d’incertitude, le Green Deal peut-il rester la priorité ? 

Rappelons que le Green Deal, ou Pacte vert pour l’Europe, présenté le 11 décembre 2019, n’est pas une feuille de route comme les autres. Elle appelle à des changements radicaux et des investissements massifs afin d’atteindre des objectifs ambitieux tels que la neutralité carbone dès 2050, la transition énergétique vers les énergies renouvelables, la préservation de la biodiversité ou la transition vers une mobilité durable et intelligente. Comme l’a rappelé le conseiller Green Deal du cabinet de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, “ni l’Union européenne ni l’ensemble des États membres ne peuvent fournir tous ces moyens”. Cependant, force est de constater qu’au vu de la récession en cours et de l’incertitude planant autour de la reprise économique, les investissements privés en complément des fonds publics seront certainement moins importants qu’initialement prévu et donc les ambitions du Green Deal difficilement réalisables.

Green recovery : des plans de reconstructions économiques à la hauteur du Green Deal ?

Afin de sauver ses industries, l’Union européenne et ses États membres ont mis en place différents programme de sauvetage économique, notamment pour aider les petites et moyennes entreprises, mais aussi les entreprises au sein desquelles les gouvernements ont des parts. Cependant, est-ce que le sauvetage de ces entreprises, certaines étant polluantes et contraires aux ambitions du Green Deal, est en phase avec l’ambition verte de la reprise économique européenne ? 

Bruno Le Maire, le ministre français de l’Économie et des Finances, a estimé qu’il fallait “sauver notre compagnie nationale” Air France et a lancé un plan ‘historique’ d’aide économique composé de prêts à hauteur de 7 milliards d’euros. Cependant, comme le précise celui-ci, “il ne s’agit pas d’un chèque en blanc” car ce plan a été soumis à des conditions de rentabilité, mais surtout à des conditions environnementales afin d’accompagner Air France dans sa transition vers un modèle plus durable. Bien que ces ‘conditions environnementales’ restent encore assez floues légalement, et insuffisantes pour certains, cela est déjà un pas en avant afin de ne pas oublier la transition environnementale dans ce sauvetage de l’économie. Cependant, Air France n’est pas la seule entreprises à sauver. L’industrie automobile allemande, avec un marché ayant s’étant effondré de 61.1% en avril, attend un plan de secours à la hauteur de l’évènement. Une ‘prime à la casse’ est donc en ce moment sur la table de discussion, mais les défenseurs de l’environnement sont très sceptiques quant à la valeur environnementale d’une telle action, notamment en rappelant que la prime à la casse de 2009 avait été aussi appelée ‘prime environnementale’ mais n’avait pas eu les effets escomptés.

Les gouvernements européens vont-ils avoir la volonté et le courage politique de transformer cette relance économique européenne en une relance durable? Cela reste à voir et dépendra certainement de la réalité économique de l’après-crise.  

Eloïse Ryon, Chief Executive Officer of Young European Leadership and Master Student at the College of Europe.